Le graphiste anglais Matthew Broughton, membre du studio interne de chez Vintage Uk, vient de réaliser trois superbes couvertures pour les ouvrages d’Andreï Platonov. Interview fleuve avec lui pour décrypter ce design d’inspiration russe version 2013 !

Comme pour la majorité des interviews réalisé pour ce blog, les questions sont souvent les mêmes. Je demande toujours pour commencer, ce qui a inspiré le ou la graphiste, quel était le brief initial et en quoi pour elle ou lui, son travail est pertinent par rapport au contenu de livre concerné. Matthew a décidé de répondre d’un seul bloc, sauf pour la question bonus, à savoir, comment est-il devenu book cover designer.

Matthew Broughton : Pour commencer, nous (lui et l’équipe de 8 graphistes du studio) sommes briefés par le département éditorial. Ils peuvent nous suggérer des approche possibles et/ou des choses à éviter, ou encore comparer les ouvrages similaires déjà parus sur le marché. Il ne faut pas oublier que notre mission principale est de faire vendre le livre, donc nous commençons par étudie la demande qui a été faite par notre client, l’éditeur.

J’ai commencé à travailler sur the Foundation Pit, l’inspiration est donc venue à partir de ce titre.

Comme il s’agissait d’un redesign pour la collection Classics, le brief était assez libre. Les pistes qui nous ont été donné portaient sur le constructivisme, Rodchenko, etc. D’un point de vue littéraire, on m’a conseillé de jeter un oeil du côté de We de Zamyation (sur lequel j’ai déjà travaillé il y a quelques temps), de Soljenitsyne, etc.

J’ai commencé donc par me renseigner sur l’auteur, ses autres écrits, ses critiques, la notoriété de ses œuvres, etc. Il est  impossible de lire tous les ouvrages sur lesquels on travaille, mais dans le cas de the Foundation Pit, ça a été mon cas.

J’ai décidé assez rapidement d’éviter l’art populaire. Certains artworks sont très connus et certains ouvrage très percutants, les deux peuvent donc être inextricablement  liés, ce qui empêcherait de retravailler le titre dans les années à venir. Notre boulot est d’apporter une sorte de fraîcheur sur ces titres classiques.

Pour the Foundation Pit, j’ai voulu utilisé la typo comme une construction pour la couverture, le but était donc de trouver une police adéquate. J’ai commencé par regarder du côté des typographies de Joseph Albers, comme elles avaient le bon aspect et qu’elles sont de la bonne période, mais finalement ça ne fonctionnait pas comme je l’entendais. J’ai fini par choisir la police dessinée par Edward Wright en 1965. Ses dimensions étaient parfaites pour une couverture de format B (129mm x 198mm). Le reste du concept, était de suggérer que les individus font partie d’une grande machine. J’en avais besoin pour donner ce côté rigide, sombre et mécanique.

 

 

Une fois cette couverture validée, les autres n’ont pas tardé à suivre. Happy Moscow commence l’atterrissage d’une femme parachutiste après avoir fait une erreur au milieu du saut. La typo est là pour représenter ça, descendante et tourbillonnante au milieu.

Soul est un peu plus difficile depuis l’ajout plutôt maladroit de and other stories dans le titre. Malgré tout, l’idée est une étoile qui se cache dans le « O », qui représente les battements de cœur d’une personne, cette dernière étant également liée à une société contraignante.

Ces trois couvertures doivent également aller ensemble et faire ressortir un sentiment d’unité, donc les textures et le traitement des images est très important. Je voulais que ces créations soient un écho aux visuels européens du début du 20ème siècle, sans que ça fasse parodie. Chaque couverture a donc une touche de orange/rouge qui permet de lier entre elles. Ce n’était pas nécessairement une façon de « brander » bêtement cette collection, mais plutôt une tentative de cohérence pour les œuvres de Platonov.

Booketing : Comment êtes vous devenu book cover designer ?

MB : J’ai terminé une licence en graphisme à l’université de Manchester, sans vraiment de plan pour l’avenir. Londres paraissait la suite logique pour moi, bien que je n’ai ni emploi ni expérience, je me suis débrouillé pour m’installer avec un photographe qui avait des boulots inhabituels dans la musique. C’était, je pense, une vraie expérience, qui m’a permise de faire mes armes dans ce milieu. J’ai aussi essayé d’avoir quelques boulots de la part d’un éditeur universitaire (Routledge), qui finalement m’a embauché à plein temps. Après trois années excellentes chez eux, je suis allé chez Trade Publishing et Random House en 2001 et j’y suis toujours !

Ça peut être évident à dire, mais dans ce métier, il faut être enthousiaste pour chaque type de littérature et de graphisme. Ça aide de pouvoir parler de plein de sujets différents, vu que nous sommes amenés à travailler sur des choses très différentes. Le matin, par exemple, je peux bosser sur un roman de Martin Amis ou une collection pour Dickins, et dans l’après-midi, sur la biographie d’un sportif, un essai sur la seconde guerre mondiale ou encore sur des romans policiers à grand tirage. Et il faut bien entendu être force de proposition constamment, tous les graphistes de notre équipe dessinent, illustrent, peignent, font un peu de photo…

Le métier a pas mal changé ces dernières années, avec la « révolution » du livre numérique, mais finalement, le graphisme reste toujours semblable. On doit maintenant diffuser notre travail sur des blogs et des e-books, animer nos couvertures pour du web marketing, mais nous appliquons toujours les mêmes principes de base.

 

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Andreï Platonov ressort chez Vintage

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